27 décembre 2006

La peine de mort sera interdite par la Constitution



Inscrire l'abolition de la peine de mort dans la constitution! Vite, comme cela avant les élections?

Pourquoi donc?

Donner le change et laisser avant son départ l'illusion d'une grande réforme?

Mais l'essentiel, avait été permis en son temps, par un Mitterrand qui brava dans sa campagne de 81 la supposée hostilité du corps électoral; par un Badinter qui y mit sa rigueur de juriste, sa conviction; sa passion surtout!

Avoir inscrit, dès le début l'impossibilité de remettre en cause la forme républicaine de gouvernement n'aura pas empêché l'État pétainiste, que je sache!

Alors symbole?

Il y a chez Chirac, décidément, une fabuleuse propension à être intempestif! Désir légitime de sortir par la grande porte! Souhait compréhensible d'avoir marqué son temps!

Quand on a tout raté, ou presque, il ne reste que simagrées et gesticulations!

Cette belle cause méritait mieux!












Mon Dieu protégez-moi de mes amis, mes ennemis, je m'en charge...

Il fut un temps où les impétrants recueillaient les soutiens d'intellectuels, philosophes, essayistes, écrivains... On a les penseurs qu'on peut ! Sans doute, au reste, ces derniers se sont-ils mis aux abonnés absents, ont-ils abandonné le grand cirque des ambitions pour se vouer soit à la contemplation, soit à leur propre adoration. Et laisser la place à ceux-là!

La nature ayant horreur du vide, comme chacun sait, elle s'offrit la trilogie des choreutes.

J'ignore si c'est une erreur de casting, ou comme l'énonce la presse, une faute de communication: le problème est justement qu'il ne s'agisse que de casting! que d'image!

La campagne se veut people! Elle se fait Gala!

Qu'ont-ils à nous dire, ces trois-ci, hormis le redressement fiscal du premier, l'évasion fiscale du second, ou la brutalité grossière à l'égard des nègres du troisième?

Rien, précisément! juste à renvoyer une image, peu reluisante.

Ne pas imputer à l'impétrant les frasques de ses amis; ne surtout pas y vouloir déceler quelque insidieux retour du refoulé! Il n'y a rien de programmatique derrière cela, seulement gesticulations de bateleurs, frasques de bonimenteurs!

L'une cherche des idées dans le bloguisme participatif, celui-ci du lustre dans les paillettes people!

The show must go on ! Il continuera, soyons-en persuadés!

Heidegger repérait dans la philosophie occidentale quelque chose comme l'oubli ou le retrait de l'être! C'est au retrait de la pensée que nous assistons aujourd'hui!

Mais qu'on ne me dise pas que ce serait ce que veut le peuple! La peopolisation du politique, c'est l'injure faite au peuple!

Bien pire que le populisme!

C'est pour ceci que les gens ont remplacé le peuple!

Retrait de la pensée, retrait du peuple : le politique a bien triste figure

Prenons garde qu'un jour, le peuple ne s'éveille, et, pour parler comme Marx, ne jette l'enfant avec l'eau sale du bain!

26 décembre 2006

Troisième homme

Le dernier des trois à disparaître, le plus discret assurément, celui aussi qui semblait peser le moins, otage des deux cyclopes, prompts à s'entredévorer, prêts à s'embrasser.

Une autre époque:

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formellement plus démocratique pour ce qu'on se présentât devant les électeurs avec un programme. A l'opposé de 2006, où, manifestement l'on candidate d'abord et attend ensuite du blog, nouveau self-service de la pensée, qu'il définisse pour vous non plus un programme, mais des propositions.

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fondamentalement aussi peu respectueux tant il est vrai que nul n'imaginait qu'on l'appliquât jamais! Même pas Marchais!

Le temps, bien lointain déjà, d'une gauche désespérant de conjurer la malédiction d'une Ve République qui semblait la condamner au seul ministère de la parole! Mais le temps où la gauche, frémissante, sentait monter la vague d'un changement souhaité. Le temps aussi où il semblait exorbitant de revendiquer un SMIC à 1000 FR quand il est aujourd'hui à presque 1000 € sans que pour autant le peuple (on dit les gens aujourd'hui) en soit plus riche! Le temps encore des espérances politiques (ultime ressac sans doute de 68) parce qu'il n'était pas possible que ces trente glorieuses, qu'on ne savait pas être déjà achevées, n'offrissent pas la promesse collective de temps meilleurs!

Le temps des paradoxes aussi: billard à trois bandes où Mitterrand ne s'alliait au PC que pour mieux l'affaiblir; où la victoire ne serait promise qu'une fois achevé le programme commun; où les radicaux de gauche s'époumonaient à justifier un radicalisme que toute leur histoire récente démentait!

Mais le temps des espérances quand même. Ce programme fut la première phases de longs préliminaires conduisant à l'épectase du 10 Mai! On pouvait alors espérer! Nous ne pouvons désormais plus que mimer les grimaces de cette espérance.

Le pouvoir est passé par là!

Mais quand même! Quelle épopée! Borgia face à Machiavel! çà vous avait quand même une autre gueule!

Hegel avait raison: nous ne tirons jamais aucune leçon de l'histoire! Sans doute est-ce pour ceci qu'elle se répète parfois sous la forme ironique du théâtre de boulevard!

25 décembre 2006

Le rentring

1

Il fallait être publiciste pour inventer cela! Le simulacre et la faute mêlés! Fallacieux anglicisme pour un très joli paradoxe.

Ce qu'on cherche à nous vendre via Internet c'est simplement l'idée que sortir le soir ou rentrer chez soi, c'est tout un! Qu'au fond, grâce à la triple offre Internet, TV et téléphone, c'est le monde entier qui entre chez soi, si bien qu'il ne serait plus ni utile ni souhaitable de vouloir le conquérir.

Inutile assurément de reprendre les vieilles antiennes susurrées au temps de l'avènement de la TV. Alors déjà, on fustigeait la défaillance de toute socialité, l'effritement de la famille elle-même comme conséquence inéluctable de l'omniprésence du totem audio-visuel! La famille souffre, mais est-ce de ceci? La socialité s'effiloche, même la sottise TF1 eût-elle pu y suffire?

Non! ce qui intéresse ici serait plutôt l'habile salmigondis permettant (mondialisation oblige, et flexibilité revendiquée) d'effacer incontinent toute frontière entre l'espace public et privé. Où que je sois, c'est dehors que je suis! Mais ce n'est pas le monde qui est à moi, c'est moi qui suis au monde. Rastignac pouvait de son humble promontoire toiser Paris; il ne le pourrait plus désormais!

Je m'amuse de songer que, dans l'affaire, la seule raison qui puisse encore faire sortir l'humble citoyen, reste encore son labeur. Sortir pour entrer en usine ou au bureau; entrer pour sortir au monde! Curieuse appétence de l'hyperactivité qui n'imagine pas qu'on puisse rentrer... pour ne rien faire, musarder ou méditer! Curieuse époque, décidément!

Nous avions déjà perdu le temps, voici que nous avons égaré l'espace.


1 Libération du 27 novembre 06



Paris
Décembre 06
Strasbourg 1960 Strasbourg 1930

Petit événement sans importance que cette inauguration! Un petit mieux pour la pollution; un petit moins pour la voiture, un petit plus pour la forfanterie politique.

Juste un sourire devant la fierté de cette modernité qui ne parvient à inventer l'avenir qu'en restaurant l'ancien.

J'ai vu, petit, mourir 2 le tram à Strasbourg; je le vois renaître ici! Dans les deux cas, le même éloge du nouveau, du moderne, du progrès!

Les mêmes mots pour dire des choses contradictoires, mais peut-être les mêmes mots pour dire ce qui finalement, de paradoxal, revient au même.

En ces temps curieux où les mots se saisissent autant que trahissent, en ces temps où, systématiquement, réforme équivaut à régression, où chaque initiative se solde par un retrait, où la parole se réverbère d'autant plus aisément dans les canaux électroniques qu'en réalité elle reste blanche, ou convenue; en ces temps où l'on nous demande de participer, de collaborer ... pour mieux approuver ce qui fut déjà décidé, où, du reste, elle ne sera entendue que pour autant qu'elle soit audible, c'est-à-dire compassée, oui, peut-être, tout se mélange-t-il si obsurément que rien ne ressemblerait plus à rien.

Figure de la cécité que de ne pouvoir plus distinguer d'entre le passé et l'avenir! figure de l'impuissance que de ne pouvoir plus rien instiller qui fût nouveau sans qu'immédiatement cela revînt à une forme archaïque; figure désespérante comme si nous étions enfermés par les trabans de notre propre forfaiture!

Rien de nouveau sous le soleil, décidément!

Alors d'entre l'Ecclésiaste ou Héraclite, faut-il véritablement choisir? Si, tragiquement, ces deux modèles si finement opposés, n'étaient que les deux faces, infrangibles, d'une même réalité?

Y a-t-il tant de différences que cela entre ce temps qui se retourne sur lui-même, et cette scansion linéaire qui se persuade de progresser pour décidément ne savoir plus rien inventer qui ne réplique l'ancien. Serait-ce à dire que nous n'eussions nul avenir désormais, ou que jamais nous n'en aurions eu? Serait-ce à avouer que marcher ou se tenir coi seraient tout un?

J'y vois, j'en redoute, la figure même sinon du tragique, du moins de l'impuissance.

Tout sauf réjouissant!


1 Le Monde du 16 décembre 25006

2 Motrice De Dietrich à Neuhof-Forêt, le 1er mai 1960, lors de la "célébration" de la fin des tramways à Stra

La France de toutes nos forces

Voici le slogan: le premier en tout cas ! Discours patriotique s'il en est, mais discours d'ouverture puisque tout est dans la virtualité qu'autorise la force, l'énergie. Plaidoyer pro domo, d'abord, tant il est vrai que l'homme peine à se frayer une venelle d'entre les mastodontes qui envahissent tout l'espace. Homme de la jungle, sorte de Tarzan ivre de rage, mais jamais fou de fureur, lui, au contraire de l'autre, s'il est également le tiers, n'en cherche pas moins à être reconnu par les siens. Petit Poucet de l'histoire, il joue à être grand. Il est l'homme de l'appel, de l'espérance, de la confiance.

Il n'est qu'à entendre son discours : l'inflation des heureux, espoir, formidable, j'aime beaucoup, le dispute à peine à l'anaphore des défis et autres je veux. Home du centre, il ne peux ni tout à fait sombrer dans l'angélisme royal, ni seulement exciper d'une puissance dont il serait l'incarnation volontaire! Synthèse des deux, tout en nuance, cet homme est la figure éponyme du pastel!

Regardons-le: ce rosâtre un peu honteux (de l'arrière-plan comme de la cravate), figure à peine refoulée de Royal, ce gris moiré du costume, totem sévère de la sérieuse gravité du bourgeois installé, tentent l'impossible alchimie, osent le grand oeuvre!

Si les signes ont un sens, cet homme-ci nous prépare l'union nationale!

Les missions qu'ils rappellent devoir être celles de l'État, ne sont rien moins que celles régaliennes auxquelles nous sommes accoutumées. Lui ne rompt avec rien: il désire seulement que l'État revienne dans ses terres et s'occupe de ses peuples. Il y a du légitimisme chez cet homme-ci: à l'automne 88, il rédige son propre cahier de doléance! Il n'imagine pas une seule seconde que l'État pût, dût être épuisé. Mal conseillé, mal dirigé, il se fourvoie, certes, mais un solide bon sens (retrouvé des archives giscardiennes de 78) et une sereine dose de volonté devrait suffire à lui faire retrouver les couleurs de sa splendeur passée. Cet homme joue la république quand Le Pen joue le grand soir, et Royal la vérité pure sous la sincérité un peu niaise de son sourire.

Tout se passe comme-ci, coincé par l'étroitesse obligée de ce centre où il se cloître, Bayrou ne pouvait exister qu'en en appelant à tous, ceux-ci même auxquels il se refuse. S'il est bien l'autre tiers, lui, en revanche n'est ni le tiers exclu, ni le tiers inclus; mais le tiers reclus!

Sa chance, ou sa perte, réside en ceci précisément: entre la violence négatrice de l'un, la rage hyperactive de l'autre, et la vacuité supposée de la troisième, s'ouvre un boulevard pour tous ceux qui répugnent à la haine négatrice, à la promesse creuse ou à la vêture chic et choc, policée mais surannée, faussement novatrice mais furieusement moraliste! Mais ce boulevard cessera d'être une impasse que si les trois autres épuisent leurs charmes. C'est à partir de février que ceci se jouera, vraisemblablement!

En attendant, il attendra! A l'affût des haruspices qui dénicheront dans les entrailles des bonimenteurs l'espérance du pastel!


1 discours de Bayrou Bron 19 dec 06

Pour bien réussir sa campagne participative Ségolène réinvente la simplicité

pas de bla-bla, pas de formules recuites" – et "une rigueur de comportement" quasi évangélique : "Entendez-vous bien les uns les autres". Pas d'austérité mais "du sérieux et de la gaieté", a plaidé Mme Royal en vantant les petites initiatives "ludiques", comme "des petits nœuds dans les cheveux des enfants" et des lieux inhabituels pour organiser des réunions telles des "tentes itinérantes".1


Une campagne est affaire de guerre et de campement. Aux offensives où les soldats partent à l'assaut, succèdent des trêves, ou bien encore des rotations où des troupes fraîches relaient celles qui rejoignent pour un temps leur campement.

Il est de bonne tactique de fourbir ses armes, d'haranguer ses troupes avant l'assaut.

Ici on file une métaphore; désastreuse!

Pas assez protestante pour revendiquer l'austérité, mais assez pieuse pour en appeler à la rigueur et au sérieux! Juste ce qu'il faut de componction pour que le militant soit quasi-évangélique.

Les missionnaires vont s'égayer aux quatre vents, porter la bonne parole sur les chemins. Je ne sais de quel message celle-là se croit porteuse, je sais juste qu'on quitte ici définitivement le politique! Cette femme veut donner de l'âme, de la vérité et de la pureté à sa croisade! Elle a la trempe d'un Joachim de Flore, l'entêtement d'une hérétique, aura-t-elle le destin d'un apostat?

Ce n'est pas un raisonnement, encore moins une analyse, juste une funeste analogie, une horrible association d'images.

Subitement les images se télescopent ... un abominable goût de cendre.

Je n'aime pas qu'on mobilise les enfants.

La cause, ici n'est pas honteuse; mais la démarche, pour faire simple, ou - pire - peuple, pour s'approcher des gens, comme on dit aujourd'hui, hésite entre la vulgarité, la démagogie et le purisme.

Voici sans doute ce qui horripile. Dans cette vergogne insensée, s'instille quelque chose de l'ordre moral; pire encore d'un appel à la pureté.

Et tout cela avec la béatitude affichée d'un sourire accompli!

Jaurès, réveille-toi, ils sont devenus fous!


1Le Monde du 18/12/06



Tout y est de l'unique posture que Le Pen peut prendre dans cette campagne. Autant Bayrou est contraint d'investir l'entre-deux, de critiquer les deux pôles géographiques pour exister, mais de les comprendre et donc de les mieux réunir dans un siège qui a quelque chose à voir avec l'episthmh1, autant Le Pen, quant à lui, s'il doit naturellement s'adresser à tous, sur un slogan qui concerne tout le monde, ne le peut faire qu'en excluant.

En excluant l'établissement, comme il dit, synonyme curieusement francisé de l'objet même de sa rancoeur, en fustigeant cette oligarchie honnie qui l'aura précisément et soigneusement rejeté de toute responsabilité publique, il se place, certes, résolument dans une campagne de 1e tour, contrairement à d'autres qui semblent commettre la même erreur que Jospin en 2002 de tenir pour nulle la campagne du 1e tour pour rassembler d'emblée, .mais surtout il prend le risque d'un discours négatif qui l'exclut lui-même du débat, en tout cas du second tour, puisqu'il revêt la fripe d'une Cassandre 2 qui d'ailleurs, prophétise la catastrophe, sans véritablement ouvrir de perspective. Le Pen, à sa manière, est une figure logique: il est le tiers exclu ... un tiers qui ne demande qu'à rentrer, mais qui, pour le moment reste absent, invisible, n'était la mention de son nom, en bas, à droite des affiches.

Le Pen exclu, est aussi celui qui exclut: avec le renvoi dos à dos des deux protagonistes principaux, il tente de réinventer la seule posture qui lui convienne: celle du deus ex machina.

On aura beaucoup glosé sur cette stratégie attrape-tout qui lui ferait s'adresser même à la petite beurette: l'essentiel n'est pas là, tout au plus y a-t-il à repérer sous ces clichés, la représentation insensée qu'il se fait de la France et des Français. Non ! l'essentiel réside plutôt dans cette extériorité revendiquée où il veut implicitement jouer sa supériorité, voire sa transcendance.

Deux métaphores implicites essaiment le discours:

  • celle du jeu d'abord: le pouce baissé ne peut pas ne pas renvoyer aux jeux des gladiateurs antiques . A l'écart du réel, dans l'enceinte du cirque, sur le sable souillé de l'arène, devant le peuple assemblé qui en oublie les turpitudes d'un quotidien insupportable, les lutteurs réalisent la promesse d'un exutoire infaillible. Mais le jeu est chose sérieuse,il a partie liée avec le théâtre, la théorie et le divin 3
    La violence du propos, la rancoeur explicitée n'est pas un accident de parcours: elle fait partie intégrante d'un processus qui ne peut fonctionner que s'il canalise en la mettant en scène cette violence en son excès même. D'une certaine manière Le Pen est certainement celui des candidats qui a le mieux compris la logique sacrificielle d'une présidentielle au suffrage universel. La nation se rassemble sur la dépouille du sortant et ce sera la ressemblance même de ses rancoeurs et violences entrecroisées qui permet au peuple de se réunir autour de la représentation même . Sans doute a-t-il pris toute la mesure aussi de la crise de cette transcendance, pour en être lui-même sinon la cause tout au moins le symbole. Quand la mécanique ne marche plus, ne transpirent plus que les médiocres conflits d'intérêts et d'ambitions personnelles . Le Pen se veut en sauveur en ceci qu'il restaure quelque chose de la transcendance perdue: c'est pour ceci aussi qu'il est absent

  • la déréalisation ensuite: a-t-on assez remarqué que si les différents personnages sont devant, certes, mais en couleurs, en revanche l'arrière-plan lui est toujours grisé. Il est le signe même de l'échec, de ce qui fut cassé (du réseau ferré toujours en grève, aux commerces tagés suggérant délinquance et insécurité ). Ce qui se joue ici n'est pas le réel, mais la représentation du réel: l'heure n'est pas à l'action, pas encore, mais à la parole. Ce qui s'enclenche ici c'est simplement une révélation, une apocalypse et seule devra compter le face à face entre celui qui au dehors de la machine tend la main à ceux qui s'empêtrent dans le maelstrom glauque d'une réalité ratée, brisée, cassée. Epopée eschatologique qui ne peut s'embarrasser de détails, ou de justesse; ni s'empêtrer d'oxymores jésuitiques sur une rupture tranquille, parce qu'elle est l'essence même de la révolution, du refus. Ces différents acteurs ne ressemblent à rien, mais se ressemblent et rassemblent donc par le geste identique, la moue boudeuse - tranchant abruptement avec le sourire angélique exhibé par Royal et souhaité pour tout meeting - comme s'il n'était d'espérance que par le malheur affiché. Se réinvente ici - à l'envers - la mystique du grand soir: c'est à tous les matins du monde que nous convie le grand parasite. Parions que les prochaines affiches se joueront de la couleur. Il ne nous promet rien, il se contente de pointer la grisaille: il n'annonce rien, et n'a presque pas besoin d'énoncer. Il est la Parole de lumière, la promesse de l'aube!

18 décembre 2006

Révisionnisme


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Le religieux iranien Ali Akbar Mohtashamipour entouré de deux rabbins antisionistes, Moishe Arye Friedman (g.) et Ahron Cohen (d.), lors de la conférence sur la Shoah à Téhéran, le 11 décembre 2006.(1)


La chose est belle qui pourrait mériter respect. Réviser, n'est-ce pas aussi supposer que l'on ait pu s'être trompé et tenter de le revérifier. Réviser, c'est-ce pas aussi le code déontologique même de ces travailleurs de la preuve que sont les scientifiques tels que les nommait G Bachelard.

La chose pourrait être belle, n'étaient ces trois caricatures...

Hésiter entre un long discours qui, sempiternellement mais inutilement, ferait son sort de cette ignominie 2, et le silence, ici encore, de dégoût ou de pleurs .

Alors simplement regarder cette photo et tenter de comprendre ce que télescopage peut vouloir dire.

Trois hommes, trois représentants de Dieu, trois prélats: ils se portent au devant et tirent leur dignité de cette précession. Qui excipent leur excellence de cette exception!

Devant eux, une autre ternarité: les trois bouteilles d'eau qui ne seront pas ouvertes. Si l'eau reste le symbole de la vie, de quoi ces trois-là sont-ils le signe? Bouteilles dont on devine la marque, usuelle dans les grandes surfaces de nos arides contrées suburbaines.

Les trois revêtent les accoutrements de leur posture, défroques parodiques à souhait comme si cette trinité-ci ne se pouvait survivre que dans l'hyperbole d'elle-même. Rentrer ainsi dans son rôle, pour n'en pouvoir sortir jamais, n'est-ce pas ceci que Sartre nommait mauvaise foi?

A leur manière, ils incarnent effectivement le mystère de la trinité tant ils déploient trois fois l'identique, indicible, mais furieuse ivresse idiosyncrasique! Trois couvre-chefs, anachroniques; trois barbes emblématiques, trois regards, vides, balayant nonobstant l'espace qui s'ouvre devant eux. Le rouquin, la mine faussement niaise couvre sa gauche, le vieillards filandreux essaime sa droite, quand l'enturbanné fixe sa face. A eux trois, entre l'alpha et l'oméga, entre ce qui étouffe a parte ante, et ce qui brame a parte post, à eux trois, ils résument l'identique obsession de la Parole maître!

Modernité et archaïsme se bousculent ici à perdre équilibre: écouteurs, bouteilles plastique, donnent mal le change aux vêtures, postiches d'un autre âge! Avouant sans trop le dire, combien tout ceci revient au même.

Nietzsche a raison: le même se retourne éternellement... comme un gant ... une angoisse, comme le bras paralytique d'une espérance défunte.

Héraclite a tort: l'homme se peut baigner deux fois dans le même fleuve. Mais ce fleuve est de sang!

Je les remercie, tous trois, de nous rappeler, si nous l'avions oublié par générosité, pleutrerie ou amnésie, combien la haine du prêtre est de salubrité publique.

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1 Le monde du 12 Décembre 2006

2 P Vidal-Naquet et d'autres le firent mieux que je ne pourrais le faire

11 décembre 2006

Yad Vashem

L'image est belle; la perspective écrasante! Sans doute est-ce ici le parcours obligé de tout visiteur en Israël, d'autant que ce dernier se veuille un destin planétaire!

La tragédie est ici, indépassable, qui brise l'histoire en deux. La tragédie est ici, pour laquelle il n'y a pas de mots, mais devrait y en avoir cependant! Ces mots qui manquent tellement, pour comprendre à défaut de réparer. La tragédie est ici, ombilic invraisemblable au delà de quoi nul ne remontera plus, qui empêchera jamais qu'on pût encore regarder son passé en toute fierté; envisager son avenir en toute innocence!

Elle est ici, toute petite, écrasée!

Et c'est bien!

Que celui qui d'aventure se frotterait aux délices de la mégalomanie; que celui qui, légitimement, cherche à alimenter son ambition de quelque grandeur, se souvienne ... et se taise.

A Pinochet

Autre temps, autres moeurs!

Automne 1973: très vite le drame chilien rebondit dans le débat français. Les élections du printemps avaient révélé une gauche montante. Cette gauche, c'était celle du programme commun, d'un programme qui faisait de la rupture avec le capitalisme son centre de gravité.

Une victoire de la gauche nous ferait-elle encourir le même risque d'un coup d'état? et le tout Paris de frémir! et de gloser sur la tradition républicaine de notre armée.

Comparaison n'est pas raison, dit-on.

L'histoire en a décidé autrement. L'ascension de la gauche prit des détours plus lents, rata quelques occasions pour dominer les années 80.

On n'oublia pas Pinochet, mais Allende, oui! On esquiva le risque parce qu'on renonça à la rupture!

La question de ce temps-là, qui semble si ancienne et curieusement si dépassée, est bien celle de la légitimité de la gauche au pouvoir. D'une gauche qui ne parviendrait à ces cimes qu'en période de crise, y ferait trois petits tours et s'en irait aussitôt, à moins qu'on ne la boutât hors de ce pré carré où elle n'a nulle légitimité. D'une gauche qui serait synonyme de désordre ou de guerre.

La divine surprise fut que pour une fois la gauche parvînt à se maintenir ... mais à quel prix.

Les temps, certes, ont changé, et la guerre froide s'est achevée. Les ennemis n'ont plus ni ligne Maginot, ni mur de Berlin pour se protéger, et le monde de clos, semble s'être ouvert sous cette pateline argutie de la mondialisation. La gauche ne rompt plus avec rien et, non sans aplomb, c'est de l'autre côté que l'on entend désormais revendiquer la rupture, fût-elle tranquille!

Les temps ont changé, les dictateurs aussi! Ils n'ont plus le même ennemi, ni le même dogme.

Pourtant, et si tout ceci revenait au même!

On doute
La nuit...
J'écoute: -
Tout fuit,
Tout passe;
L'espace
Efface
Le bruit.
1

R Aron regrettait que VGE ignorât que l'histoire fût tragique! Et nous savions bien qu'il était sot d'imaginer que l'histoire pût connaître une fin quelconque! Les dictateurs se succèdent, nos heurs et malheurs aussi! Ce ne sont plus les mêmes qui inquiètent, mais l'angoisse est identique! Ce ne sont plus les même qui font rêver, mais, ceci sans doute est nouveau, rêvons-nous encore?

C'est l'histoire qui fait l'homme, et non l'inverse, avions-nous appris: sans doute les grands acteurs de l'histoire naissent-ils des grandes tragédies humaines. Hegel et Marx avaient raison: il y avait dans la politique telle qu'elle fut vécue au 19e et 20 e siècle quelque chose de l'épopée lyrique !

Cet homme était le furoncle d'une tragédie effacée, simplement.

Et si d'aventure l'on devait supputer sous l'un ou l'autre de nos impétrants, quelque tendance dictatoriale, comme on l'entend déjà, souvenons-nous simplement que la période n'est ni assez grave ni assez tragique pour que même l'hyperactivité suspicieuse de l'un ou la bonté un peu niaise de l'autre pussent seulement en dessiner l'opportunité.

Tout fuit, tout passe... même l'horreur prend des allures de banalités.

10 décembre 2006

Portable


C'est, parait-il, le signe de la modernité! Être mobile, flexible; être partout, ou joignable partout. La frontière qui me protégeait de l'extérieur est désormais poreuse. Il n'y a plus rien de privé, ou presque. A chaque instant, je suis joignable, appelable. L'oeil, dans la tombe regarde Caïn: je ne sais si ma culpabilité désormais est cosmique; je sais seulement que je suis désormais l'essence même de ce qui est imputable. Adam cherchait à se cacher pour éviter le regard réprobateur de Dieu, mais la honte d'être nu l'envahissait, et, inévitablement il fut reconnu. Et chassé!

Nous avons réinventé, de la pire des façons, le nomadisme! De désirer ainsi être ouverts à la rosée des vents, nous ne sommes plus de nulle part, de ne pouvoir plus voyager. Où que nous allions, c'est notre propre monde que nous transportons! Les frontières ont disparu sous la boursouflure de nos prétentions. Le monde s'est refermé sur lui-même en croyant s'ouvrir, et le mouvement lui-même se rapetasse sur l'inertie.

Il fallait peut-être lire Aristote: ou ne pas se prendre pour Dieu! Le moteur est immobile et il est faux que l'immobilité soit motrice. Les chemins ne mènent plus nulle part, parce qu'à force de désirer être partout, nous ne sommes plus de nulle part. Exilés hors du monde, hors de notre monde, nous avons suscité la portabilité extrême: la volatilité. Rien ne reste, ne subsiste, non plus les paroles que les actes.

Vient le temps non de l'insouciance, mais de l'impuissance comme si nous étions désormais condamnés, pour le parjure de nous être pris pour des dieux, de n'être même plus des hommes. Réduits au rang de simple contact, nous voici reclus à la connectivité absolue. Nous savions n'être que de passage, nous sommes le passage lui-même, désormais.

Impuissants surtout, comme si rien de ce que nous pouvions encore dire, écrire ou faire, ne devait, ne pouvait produire quelque effet sur l'autre, le monde voire nous-mêmes. Fuyants, ou faux-fuyants, fantômes peut-être, simplement. Fous d'enracinement d'avoir asséché la terre. Nous avons pulvérisé nos sols et la poussière qui s'envole ainsi aux vents mauvais, emportant nos rêves et nos identités dit et redit, clame obsédante, la liturgie de notre mort. Elle est notre ironie, la figure même ce que nous rêvâmes!

Non, il n'est pas vrai que le souffle toujours annonce l'esprit. Parfois, c'est vrai, il l'inspire; aujourd'hui il l'expire.

Celui qui vulgairement appelait les sous-hommes par leur numéro, participait de ce crime absolu par quoi l'on épuisa l'homme en l'homme. De manière plus doucereuse, nos portables font de même: les numéros, même pas cachés, nous sont désormais comminatoires que nous ne retenons même plus, conservés qu'ils sont dans le répertoire magnétique de nos amnésies. Oui, nous sommes des numéros! Plus que des numéros! Coupables de ne même pas le réaliser!

Alors, comme une bobine vide, tournoyant encore par la seule force de son inertie, comme un pantin aux membres brinquebalants que le marionnettiste abandonne aux quolibets des impatiences juvéniles, nous nous agitons, parlons! Mais dans cette Babel infernale, le bruit équivaut au silence!

Je sais aujourd'hui ce qu'épuisement signifie: le retrait de l'être!




De l'essence du paradoxe

M'ont toujours séduit ces formes logiques, si aimablement poussées à l'extrême qu'elles semblent épuiser les ultimes ressources de la raison roide. J'aime que Kant en pensât les fondements et bée encore devant les antinomies.

Piètres, ces sentences qui, pour justes qu'elle se prétendissent, se contenteraient seulement d'offusquer l'opinion; insatisfaisantes ces propositions qui, pour sagaces qu'elles fussent, se flatteraient uniquement d'éveiller nos âmes aux contradictions abyssales du monde! Non décidément je leur préfère ces principes qui, une fois admis, ruinent la possibilité même de la pensée.

Tenter, ici, de se mouvoir, en cet espace si étrange, sous l'arc de soutènement de la pensée, et transir de crainte de voir s'effriter ceux des pilastres qu'on croyait les plus robustes!

Le menteur ne peut avouer mentir non plus que le sceptique douter de la vérité sans se renier eux-mêmes.

En ce lieu, paradoxe équivaut à suicide.

Saper l'être du fondement, c'est saper le fondement de l'être.

Du paradoxe de l'image

A l'intersection du pléonasme et du symbole, l'icône, où nous croyions déceler la vertu de notre modernité, se joue de la ressemblance pour glisser comme autant d'inavouables interstices, une parodie de vérité, une boursouflure de beauté. La modernité a réinventé le corps que la tradition, par pudibonderie ou honteuse culpabilité, avait escamoté. Elle crut naïvement y conquérir quelque liberté ou en exulter quelque plaisir.

Au lieu de ceci, l'impératif comminatoire de se soumettre au canon imbécile d'une moue boudeuse contrefaisant la profondeur; d'une hyperbole caricaturant le sens.

Siècle du trop, trop petit, trop gros, trop typé, siècle du standard, privilège de la norme d'autant plus coercitive qu'elle flirte avec la mort.

Les femmes, pour y conquérir quelque parfum d'éternité, singent l'adolescente pré pubère, aussi renfrognée que lisse, ne redoutant rien tant que les verges du temps leur préférant l'albe angulosité de la stérilité. Et défilent ainsi sur nos scènes et écrans, chaotiques et claudicantes, quelques ombres faméliques, irrémissibles d'orgueil, infatuées de leur vaporeuse idéalité. Diaphanes aigreurs de l'être, vite condamnées à disparaître pour n'avoir cherché qu'à paraître. Paresses faméliques de nos impuissances!

A l'opposé, mais leur ressemblant tellement, les virilités fibreuses si incertaines de leur quête, sinistrement grevées de leurs turgides épreuves. Triste virilité, assurément! tellement interdite devant les paradoxes de l'être, qu'elle erre de preuve en épreuve, condamnée qu'elle se croit à devoir faire montre de sa puissance.

Les unes comme les autres excèdent l'être et poussent jusqu'au paradoxe le mensonge.

Non, effectivement ils ne peuvent rien affirmer sans se nier eux-mêmes!

Gangrenant jusqu'au paradoxe lui-même!

En Fait


Expression irritante, qui revient dans les propos quotidiens, comme pour mieux ponctuer de réalité l'inanité de notre regard. Nous ne tenons jamais tant au réel que dès lors qu'il s'enfuit ou nous échappe.

Ce n'est qu'impéritie de langage, anodine, qui illustre, au mieux, la contagion des mots; au pire, la porosité de l'esprit.

Je devine bien, et comprends les mécanismes de cette langue soutenue, si éloignée de notre langue quotidienne, qui nous oblige à une élégance inaccoutumée, à une précision rugueuse où nous restons malhabiles. Telles des béquilles, nous cherchons dans ces explétions des ponctuations que nos gestes ou nos vocalises ne savent pas toujours offrir. Mais pourquoi celle-ci plutôt qu'une autre. J'ai entendu, qui se seront succédé comme feuille au vent, les voilà, si vous voulez et autre donc qui ne rythmaient rien d'autre que le gué immaîtrisé d'une phrase à l'autre. Parce qu'il est difficile, assurément, de déployer sa pensée, que cette dernière réside précisément dans le recueil, le rassemblement des éclisses éparses de nos idées, qu'il y a pensée, justement dans la connexion logique que nous posons, imposons ou reposons entre les idées, il y cohérence à retrouver dans nos manies, la figure du lien, figure d'autant plus obsédante qu'elle est défaillante où, en tout cas, difficile à recueillir.

Mais justement, pourquoi celle-ci, pourquoi cet en fait protubérant qui déchoit aux règles de la pensée?

Serait-ce que subitement nous aurions oublié que la pensée, puisque langage, était combinatoire de concepts, de représentations et non de réalité?

Serait-ce que désormais nous eussions à ce point confondu pensée et technique que, décidément, notre espace soit sournoisement grevé de ce pragmatisme empirique, si furieusement dogmatique que plus aucun recul, retrait ne soit désormais possible, que nous ne considérions plus dans la réalité que des faits de pensées, des objets mis à disposition de nos appétences ou représentations?

Car il s'agit bien de cela: nous avons perdu le monde dans cette affaire! Nous ne parlerons jamais autant de lui que depuis qu'il s'est retiré.

Oui, cet en fait, n'est autre que notre fait. Et le monde est en train de nous le dire, notre fait! Nous ne pouvons plus habiter le monde en poète, parce qu'il n'est plus de monde qui nous soit extérieur; ne subsistent plus que marchandises, gisements de plus-values, stocks où puiser.

Sans doute avons-nous épuisé le monde sous la mégalomanie de nos appétences: nous avons pu longtemps croire qu'il fût pérenne! qu'il fût seulement nature. Son irruption, sous forme de menace, dans notre histoire, nous gêne et inquiète! A raison!

Nous avons refoulé le fait, est-ce pour cela que nous l'invoquons dans cette explétion presque magique qui vise à conjurer le sort?

C'est ceci même qui inquiète: que cette redondance marque à la fois le retrait de l'être et le délitement de la pensée!

"Quel est le point commun entre un "silence éloquent", une "obscure clarté", un "mort vivant", une "douce violence", un "bordel organisé", un "ennemi intime", un "illustre inconnu" ou encore... une "gauche-caviar" et un "bourgeois-bohème" (tiens tiens...) ? Et bien ce sont tous des oxymores (on dit aussi oxymorons), une figure de rhétorique consistant "à rapprocher deux mots qui semblent contradictoires" (définition de mon Petit Larousse en papier... parce que le Wiktionnaire c'est bien mais le papier c'est doux et ça sent bon!)."

Mimie in vivo1

Oxymores

Tenté, évidemment, de commenter ces figures de style si elles n'avaient été repérées ailleurs, ni citées sur les ondes!3

Quelque chose néanmoins dans ces figures qui m'intriguent: on n'affiche jamais tant les différences que pour camoufler les ressemblances; on ne proclame jamais tant les contradictions que pour fomenter une synthèse.

Ces deux-là, oui, se ressemblent voire s'imitent; sans doute parce qu'ils participent du même moule. Peut-être parce qu'ils sont victimes de la même illusion.

La tentation est grande, stimulée par les mêmes artifices de communication glanés dans les mêmes officines, de renvoyer dos à dos les deux impétrants, de fustiger la crise du politique. Sans doute faut-il chercher plus loin.

1e lecture: la tentation de la puissance

La séduisante pratique de l'oxymore renvoie sans doute à une identique mais implicite volonté de puissance confinant à la mégalomanie: l'oxymore suggère que nulle contradiction ne saura résister à la volonté ni à la l'action de l'impétrant. Le doigt pointant ou le bras scandant la parole forte visent le même effet: l'oeuvre de la force; la force de l'oeuvre!

La leçon a été tirée de 1997 et, sans doute celle de 2002!

Chirac perdit 97 non tant, me semble-t-il, pour l'entourloupe d'une dissolution cousue de fil blanc, que pour l'impuissance proclamée: on ne convoque pas le peuple pour lui avouer ne rien pouvoir faire contre une mondialisation irréversible à laquelle il faudrait se soumettre, se préparer en tout cas! ou pire, pour le désigner comme conservateur de ne pas vouloir passivement se résigner à cette évolution inéluctable!

Le politique est le champ de la volonté, l'espace offert au thaumaturge. Signe même de l'humain qui ne peut s'affirmer au monde qu'en disant non à la fois au monde et à lui-même, le politique n'est pas affaire de gestionnaire! C'est bien tout son problème: comment dessiner un projet sans paraître ipso facto comme un destructeur? proposer un programme sans nier ce qui fut déjà fait? dessiner l'avenir sans insulter le passé?

Le révolutionnaire occupera toujours une place aisée dans ce dispositif: lui, sans crainte, peut exiger, affirmer péremptoirement, s'appuyer sur la volonté ou la science, pour dessiner les lueurs d'un grand soir plein d'espoir. Il est dans son rôle, et son style sera sa figure.

Malheur en revanche au conservateur, honte au réformiste qui devront sans cesse jongler avec la contradiction même de leur posture!

2e lecture: la tentation de l'ordre

Comment, surtout, concilier ordre et progrès?

D'aucuns s'y essayèrent! Comte est sans doute le paradigme de ces philosophies qui tentèrent l'oxymore majeure: il illustre à l'envi qu'à vouloir tracer une venelle entre ces bornes inconciliables; à vouloir entonner une harmonie qui les réconciliât, toujours on rapetasse le progrès sur l'ordre! Dès lors il faudrait entendre ces jolis oxymores comme d'illusoires rhétoriques d'un conservatisme qui ne s'avoue pas, comme ces ritournelles obsédantes qui vous collent d'autant plus à l'esprit qu'elles sont muettes ou sottes!

Rousseau avait vu qu'entre ordre et liberté il y avait ce je ne sais quoi d'irréductible qui condamnait celle-ci à souffrir devant toute tentation de celui-là!

Il y a peut-être quelque chose de tragique dans le politique qui ne peut que, soit s'embourber dans la réalité fatale de l'ordre soit s'envoler dans le lyrisme facile d'une rhétorique décrépite!

Derrière les mots, la chose, mais la linguistique ne nous avait-elle pourtant pas appris que les mots ne parlent pas des choses?

Ce qu'il s'avoue, là-dessous, n'est-ce pas simplement l'appel au calme? Rassure-toi, peuple, avec moi tu auras et l'espérance et le calme! et le cochon et le lard! L'insoutenable légèreté du politique, qui ne s'avoue pas, qui ne risque rien, qui ne peut rassembler qu'en rassurant et donc se nier soi-même!

Il y a néanmoins quelque différence entre l'ordre juste et la rupture tranquille!

Ce dernier insère de la continuité où il semble proclamer la brusquerie d'une mutation; artifice obligé pour un impétrant qui est en même temps un sortant condamné à ne pouvoir tout critiquer sans se nier lui-même!

Celui-là, bien plus subtil, se joue à plusieurs étages: qu'il y ait réconciliation entre justice et ordre semble annoncer que l'avenir ne se jouerait plus uniquement pour les classes possédantes mais pour tous et donc que l'égalité serait au bout du chemin de l'ordre. Inversant ainsi l'ordre de prétérition, l'impétrante traduit le mot d'ordre de la gauche dans un registre libéral où l'égalité est le résultat espéré de la liberté individuelle. A moins d'entendre par juste ce qui relève de la morale! Cet oxymore parait d'abord ne pas en être un, c'est en ceci qu'il proclame le masque de l'acteur! Il pourrait ne pas y avoir de contradiction entre justesse et ordre à condition implicite de dépasser Machiavel et nier le réel! Avec des mots simples, de tous les jours, serait-ce ici la forme féminine du politique? la forme morale du politique? Retour de l'ordre moral, comme on parle du retour du refoulé? mais alors, oui, l'oxymore bat son plein: la victoire de la féminité se ferait avec les armes mêmes de l'ultramontanisme le plus éculé: la féminité réduite aux acquêts moralistes!

Figures inversées mais tellement mimétiques d'un même phantasme.

3e lecture: la tentation de la quadrature

Car c'est peut-être ici que le politique dessine au mieux l'impossible espace qu'il tente d'occuper! Celui dialectique du dépassement de toutes les contradictions; celui, non géométrique, du centre. Le politique est un cercle, infernal, qui vibrionne incessamment autour d'un point impossible, invraisemblable; s'agite sempiternellement sans que l'on sache ni puisse jamais deviner si le cercle, ainsi tracé, est un sillon qui ferme, enferme ou ensemence.

Le cadavre gît toujours au lieu de la fondation: sous l'oxymore, la dépouille de Romulus !

Rêve prométhéen d'un sacrifice où la victime resterait virtuelle; artifice prométhéen où la triche a sa part puisqu'il s'agit de prendre sans payer son écot, de mimer l'obéissance pour mieux commander quand en réalité il s'agit de contrefaire le commandement pour mieux obéir; jeu à parts non nulles où ce qui souffre c'est toujours le réel que l'on nomme d'autant mieux qu'on désapprend de l'aimer, l'homme que l'on appelle d'autant plus qu'on désapprend de le servir: le politique sait mieux que quiconque jongler avec l'irrationnel du rêve où nul des principes n'est respecté, non plus celui d'identité que de contradiction

Je cherche le cadavre qu'abandonnera cette omission du réel; le meurtre qui paiera cette dénégation de l'être.

Je cherche le père assassiné!

Parce que, peut-être, la politique n'est qu'un rêve qui s'épuise de ne pas s'achever en cauchemar!

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1 voir son blog

2 sur le paradoxe

3 France Inter le 8 Décembre

"Entre l'uniforme et le jean taille basse qui laisse voir trop de choses,
il y a un juste milieu, celui d'une tenue décente"

Sarkozy, Angers le 1/12/06 1