Courgenard
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Fête de l'école de Courgenard Juin 08
La dernière de Juliette .... c'est aussi cela le temps qui passe : la cruauté des dernières fois !
Au fil de l'eau, quelques lignes écrites.... On peut me retrouver sur mon site: http://regards.pierre-michel.fr
Courgenard
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Fête de l'école de Courgenard Juin 08
La dernière de Juliette .... c'est aussi cela le temps qui passe : la cruauté des dernières fois !
Fabrice Mourlon en concert
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Fabrice Mourlon en concert
Je n'ai pu m'y rendre mais je le regrette
les 40 ans de l'Iut Paris 5
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Le département GEA de Paris 5 fête ses 40 ans....
Les étudiants reçoivent les anciens , les interviewent sur leurs parcours, leurs métiers ....
Piano
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enzo au piano. Serait-il artiste en herbe comme sa mère où déménageur comme son père?
Salon_livre
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2008 1e journée du salon du livre
Du monde! Trop ! Des livres, partout ! Et la tribu des bobos virevoltant autour des buffets, ivre de représentation, inquiète de n'être pas vue.
C'est bien une foire ! Une fête ! Le temps viendra, plus tard, d'enfin lire.
Palestine
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quelques photos et vidéo sur une période tragique qui ne fait que commencer
Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire viennent aisément.
Que n'a-t-on dit? Que ne dira-t-on encore. Les médias s'en donnent à cœur joie et les mots viennent aisément pour la dire - ou dénoncer - comme s'il s'agissait d'une scandaleuse évidence. Et les mots, toujours les mêmes, fusent: galère, otage, usager, la débrouille...
Curieusement, le mot renvoie à la fois à la plage et au labeur, mais dans les deux cas, à la vacuité. La grève, en réalité est une limite comme la plage la ligne extrême que la terre finissante concède aux flots. Ici, sur cette place , on venait chercher du travail et, derechef, la grève signale une limite : la forme extrême de la précarité. La grève est une antithèse, le négatif photographique de l'ordre: ce qui nous fait brusquement basculer dans un autre monde et qui bouscule. On a peine à imaginer grève sage et ordonnée même si c'est ici le rêve de tous les bien-pensants! Elle est, sans doute, la pointe avancée de l'ordre dans le désordre, la concession que l'institution néglige aux exclus. Mais parce qu'elle est cette ligne, imaginaire au moins autant que virtuelle, la grève fonctionne en même temps comme un exutoire, permettant à l'ordre d'être supportable. Sans doute peut-on écrire de la grève ce que Caillois écrivait à propos de la fête : ce moment où le profane frôle le sacré ! C'est bien pour cela qu'il ne faut jamais la prendre à la légère puisqu'elle réinvente, souvent dans la douleur, quelque chose du rêve et de la rencontre, cette part de socialité mythique où la rencontre de l'autre redevient possible, cette nostalgie des anges où l'illusion est si suave d'enfin pouvoir agir sur le réel.
Car la grève, c'est ceci aussi : l'illusion sinon du pouvoir en tout cas de l'action. Le point de jointure entre sacré et profane se trouve ici: dans l'ordre ordinaire du quotidien domine surtout le sentiment d'impuissance et la certitude que finalement nous sommes trop isolés pour parvenir jamais à influer sur le cours ordinaire des choses. L'instant de la grève c'est au contraire le sentiment de reprendre son destin en main et de pouvoir sinon rompre du moins distordre la chaîne des déterminismes.
Mais dira-t-on, la grève est un rapport de forces, la tension désormais visible entre protagonistes que tout oppose ! Mais n'était-ce pas déjà le cas de ces journaliers quémandant, plutôt que l'obole, la grâce du labeur, la chance d'être libre, l'honneur d'être un homme. Même chantage, même déséquilibre entre les protagonistes où le premier s'insurge précisément de n'avoir aucune carte en main que monopolise l'autre. L'insurrection est précisément la conséquence de ce déséquilibre-ci: faute de pouvoir négocier, échanger, il ne reste plus au journalier que d'attendre ou se révolter. Condamné à l'extrême ou à la disparition, au brouhaha de la foule ou au silence du renoncement !
Au même titre que la révolution, la grève signe cet instant prodigieusement dangereux des fondations : n'oublions pas, et ceci est vrai des institutions tant politiques que sociales, combien notre système est représentatif, et ne parvient en conséquence à fonctionner qu'autant que le représenté soit symbolisé par son mandataire, qu'autant que ce mandant soit absent ! La grève, qui est la forme extrême du débat, voit surgir le mandant, qui bouscule les codes et impose sa volonté - ou le tente ! Et l'on voudrait que ceci se passe bien ! Serions-nous désormais à ce point aseptisés par la partouze communicationnelle que nous ne supportions plus aucune autre violence que celle représentée dans la série B dont TF1 nous abreuve ? aurions-nous oublié que le politique ne parvient jamais à l'abolition de la violence mais suscite seulement sa canalisation qu'il manque, d'ailleurs, à chaque moment de rater; qu'il rate chaque fois que la contrainte qu'il exerce est plus forte que la sécurité qu'il prodigue, que la transaction se fait trop évidemment à la défaveur du contractant !
Certes, la grève est un point limite - encadrée par le droit, mais hors des circuits politiques institutionnels - et c'est pour cela qu'elle est à la fois précieuse et fragile. Telle que conçue en son temps par un Aristide Briand, qui l'oublia vite 1 , la grève générale devait être l'arme suprême contre la société capitaliste et le moment fort de la révolution. Bien vite elle devint un moment de contestation, une arme, parmi d'autres de la lutte sociale: la grève a vite disparu du terrain politique.
Jaurès paya de sa vie l'impossible grève contre la guerre et, de loin en loin, les grèves épisodiques ne sont plus là que pour symboliser un rapport de force, que pour marquer un territoire.
C'est bien ici, dans cet entrelacs que se joue l'actualité: réel et représentation s'entrecroisent à s'y méprendre. Ce que nous venons de vivre, ce que les médias ne supportent pas pour le fustiger ainsi dans ces interminables et incantatoires récriminations, c'est précisément le retour du refoulé .
Or ce refoulé a un forme: celle du réel. Il a un nom : classe ouvrière.
On se joue ici d'une figure aisée, celle d'une barbarie dépassée. Nous voici galériens, condamnés à des efforts insupportables et, au reste, insupportés. De manière inique ! Ici encore le discours est biaisé ! On ne saurait imaginer grève qui ne gênât point ! Pour être efficace, il faut savoir peser dans un rapport : s'il est dialectique, il faut que l'argument vaille; s'il est stratégique il faut être un danger, une menace ! On ne pèse pas avec rien !
Mais dire galère renvoie sinon à l'esclavage en tout cas à l'aliénation et ceci est bien plus révélateur! Tout se passe comme si les médias ne nous considéraient jamais que comme les sujets d'une histoire que nous subirions. Non plus comme des citoyens mais des sujets d'un Ancien Régime qui nous eût banni de son territoire par le seul fait du Prince ! De là à ce que l'on nous réinvente les lettres de cachets ! Le plus ironique en l'affaire tient à ce que l'on nous trouve galérien lorsque nous sommes entravés dans notre capacité à travailler.
La modernité nous réinvente le Arbeit macht frei : réduits au grade de fourmis laborieuses, ne conquérant la dignité de l'existence que par le travail, réduits au néant sitôt que l'on en serait privé! On se moquait à la fin des années 60 su boulot, métro, dodo , on dirait bien que désormais ce qui pose problème ce n'est plus cette litanie-ci mais l'absence des deux premiers termes qui nous empêche de nous laisser glisser dans le troisième !
Je crois bien que la véritable aliénation est cet aveuglement qui nous fait prendre pour agression la révolte de l'autre dont nous ne remarquons même plus qu'elle est la nôtre aussi, ou, du moins devrait l'être. La voix de son maître est désormais à ce point tonitruante que nous n'entendons plus qu'elle et ne prenons plus fait et cause que pour elle. Fourmis isolées, atomisées dans ce maelstrom invraisemblable, prêtes à être écrasées !
Le discours des possédants, décidément, est obscène !
Le mot est fort parce que depuis les années quarante, le terme a revêtu une connotation d'horreur et de barbarie. Au lieu d'être seulement l'instrument d'un troc, d'une transaction lors d'un conflit, l'otage devient la victime d'un odieux chantage, celui d'une répression implacable.
Mais le mot qui vient de hôte est manifestement ambivalent : au même titre qu'hôte signifie à la fois l'invitant et l'invité; qu'hospitis et hostis ont la même origine, l'otage est invité involontaire. Un parasite au moins autant qu'un parasité ! Il est ici la monnaie du chantage exercé, en tout cas la monnaie d'échange !
Cependant, user de ce terme n'est pas anodin : c'est à peu près déplacer la grève du côté de la terreur . De la même manière que le terrorisme consiste pour résoudre un conflit de porter la guerre hors de son territoire normal et de s'en prendre non pas à son adversaire mais à une population extérieure en soi au différend; de la même manière, la grève consisterait à déplacer le conflit hors de sa zone naturelle, à s'en prendre à des innocents ....
C'est supposer deux choses:
le champ social ne serait plus une chose publique mais la juxtaposition d'espaces particuliers, étrangers les uns aux autres. Supposer ainsi que la question du financement des régimes de retraites ne soit pas une question commune est assez singulier. Certes il s'agit ici des régimes spéciaux, néanmoins elle engage tout le monde. Serait-ce déjà l'effet de la politique actuelle qui, sous l'aune du bon sens, dépolitise à tout va et confère à l'équité un sens bien jésuitique? Ce serait la solidarité qui serait en jeu et le sens de la communauté de la chose publique ! Et elle le serait d'autant plus que l'on aurait fait insidieusement admettre au plus grand nombre que cette résistance serait celle de quelques privilégiés !
l'ordre du réel est celui à quoi on se soumet, en tout état de cause et toute idée de révolte, collective, se révèlerait une obscénité inqualifiable ! Mais alors ce serait le politique qui serait en jeu, en danger, lequel est, par définition, volonté de changer le réel, et non pas si soumettre !
Mais l'ambivalence va son train : user de ce terme est aussi une manière de dire que l'on serait ici entré dans un conflit allant au delà des corporatismes locaux pour embrasser un antagonisme bien plus radical. L'heure est alors à la résistance face à un ennemi radical ! En serions-nous là? Mais alors il faut prendre la mesure de ce qui se passe et se dire que c'est une guerre qui commence où chacun risque bien d'aller au terme de ses forces, à l'extrême de sa puissance de destruction !
Conflit métaphysique? Eschatologique !
L'art de l'expédient est d'origine militaire et la langue usuelle retrouve sans le savoir les traverses militaires. De ce point de vue expédients s'oppose à otage: celui-ci vous laisse supposer être étranger au conflit; le militaire ne laisse jamais personne à l'extérieur et l'on finit toujours pas être contraint de prendre parti. L'otage est victime, non consentante, mais silencieuse; avec la guerre, même le civil est contraint de prendre parti et en tout cas de subir .
Se débrouiller, vivre d'expédients : passer son effort à écarter les obstacles ! Nous voici ramenés au lot commun du biffin : pris en charge par l'institution, en quasi perte d'identité, soumis à l'uniforme et à la volonté générale; pion sur un échiquier où il n'y a pas de règles.
L'état social était supposé mettre fin à l'état de guerre de tous contre chacun. Et bien non! il nous y ramène incontinent! toujours!
La grève nous rappelle une des facette de l'être : la dialectique!



Inscrire l'abolition de la peine de mort dans la constitution! Vite, comme cela avant les élections?
Pourquoi donc?
Donner le change et laisser avant son départ l'illusion d'une grande réforme?
Mais l'essentiel, avait été permis en son temps, par un Mitterrand qui brava dans sa campagne de 81 la supposée hostilité du corps électoral; par un Badinter qui y mit sa rigueur de juriste, sa conviction; sa passion surtout!
Avoir inscrit, dès le début l'impossibilité de remettre en cause la forme républicaine de gouvernement n'aura pas empêché l'État pétainiste, que je sache!
Alors symbole?
Il y a chez Chirac, décidément, une fabuleuse propension à être intempestif! Désir légitime de sortir par la grande porte! Souhait compréhensible d'avoir marqué son temps!
Quand on a tout raté, ou presque, il ne reste que simagrées et gesticulations!
Cette belle cause méritait mieux!



Il fut un temps où les impétrants recueillaient les soutiens d'intellectuels, philosophes, essayistes, écrivains... On a les penseurs qu'on peut ! Sans doute, au reste, ces derniers se sont-ils mis aux abonnés absents, ont-ils abandonné le grand cirque des ambitions pour se vouer soit à la contemplation, soit à leur propre adoration. Et laisser la place à ceux-là!
La nature ayant horreur du vide, comme chacun sait, elle s'offrit la trilogie des choreutes.
J'ignore si c'est une erreur de casting, ou comme l'énonce la presse, une faute de communication: le problème est justement qu'il ne s'agisse que de casting! que d'image!
La campagne se veut people! Elle se fait Gala!
Qu'ont-ils à nous dire, ces trois-ci, hormis le redressement fiscal du premier, l'évasion fiscale du second, ou la brutalité grossière à l'égard des nègres du troisième?
Rien, précisément! juste à renvoyer une image, peu reluisante.
Ne pas imputer à l'impétrant les frasques de ses amis; ne surtout pas y vouloir déceler quelque insidieux retour du refoulé! Il n'y a rien de programmatique derrière cela, seulement gesticulations de bateleurs, frasques de bonimenteurs!
L'une cherche des idées dans le bloguisme participatif, celui-ci du lustre dans les paillettes people!
The show must go on ! Il continuera, soyons-en persuadés!
Heidegger repérait dans la philosophie occidentale quelque chose comme l'oubli ou le retrait de l'être! C'est au retrait de la pensée que nous assistons aujourd'hui!
Mais qu'on ne me dise pas que ce serait ce que veut le peuple! La peopolisation du politique, c'est l'injure faite au peuple!
Bien pire que le populisme!
C'est pour ceci que les gens ont remplacé le peuple!
Retrait de la pensée, retrait du peuple : le politique a bien triste figure
Prenons garde qu'un jour, le peuple ne s'éveille, et, pour parler comme Marx, ne jette l'enfant avec l'eau sale du bain!
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Troisième homme
Le dernier des trois à disparaître, le plus discret assurément, celui aussi qui semblait peser le moins, otage des deux cyclopes, prompts à s'entredévorer, prêts à s'embrasser.
Une autre époque:
| formellement plus démocratique pour ce qu'on se présentât devant les électeurs avec un programme. A l'opposé de 2006, où, manifestement l'on candidate d'abord et attend ensuite du blog, nouveau self-service de la pensée, qu'il définisse pour vous non plus un programme, mais des propositions. | |
| fondamentalement aussi peu respectueux tant il est vrai que nul n'imaginait qu'on l'appliquât jamais! Même pas Marchais! |
Le temps, bien lointain déjà, d'une gauche désespérant de conjurer la malédiction d'une Ve République qui semblait la condamner au seul ministère de la parole! Mais le temps où la gauche, frémissante, sentait monter la vague d'un changement souhaité. Le temps aussi où il semblait exorbitant de revendiquer un SMIC à 1000 FR quand il est aujourd'hui à presque 1000 € sans que pour autant le peuple (on dit les gens aujourd'hui) en soit plus riche! Le temps encore des espérances politiques (ultime ressac sans doute de 68) parce qu'il n'était pas possible que ces trente glorieuses, qu'on ne savait pas être déjà achevées, n'offrissent pas la promesse collective de temps meilleurs!
Le temps des paradoxes aussi: billard à trois bandes où Mitterrand ne s'alliait au PC que pour mieux l'affaiblir; où la victoire ne serait promise qu'une fois achevé le programme commun; où les radicaux de gauche s'époumonaient à justifier un radicalisme que toute leur histoire récente démentait!
Mais le temps des espérances quand même. Ce programme fut la première phases de longs préliminaires conduisant à l'épectase du 10 Mai! On pouvait alors espérer! Nous ne pouvons désormais plus que mimer les grimaces de cette espérance.
Le pouvoir est passé par là!
Mais quand même! Quelle épopée! Borgia face à Machiavel! çà vous avait quand même une autre gueule!
Il fallait être publiciste pour inventer cela! Le simulacre et la faute mêlés! Fallacieux anglicisme pour un très joli paradoxe.
Ce qu'on cherche à nous vendre via Internet c'est simplement l'idée que sortir le soir ou rentrer chez soi, c'est tout un! Qu'au fond, grâce à la triple offre Internet, TV et téléphone, c'est le monde entier qui entre chez soi, si bien qu'il ne serait plus ni utile ni souhaitable de vouloir le conquérir.
Inutile assurément de reprendre les vieilles antiennes susurrées au temps de l'avènement de la TV. Alors déjà, on fustigeait la défaillance de toute socialité, l'effritement de la famille elle-même comme conséquence inéluctable de l'omniprésence du totem audio-visuel! La famille souffre, mais est-ce de ceci? La socialité s'effiloche, même la sottise TF1 eût-elle pu y suffire?
Non! ce qui intéresse ici serait plutôt l'habile salmigondis permettant (mondialisation oblige, et flexibilité revendiquée) d'effacer incontinent toute frontière entre l'espace public et privé. Où que je sois, c'est dehors que je suis! Mais ce n'est pas le monde qui est à moi, c'est moi qui suis au monde. Rastignac pouvait de son humble promontoire toiser Paris; il ne le pourrait plus désormais!
Je m'amuse de songer que, dans l'affaire, la seule raison qui puisse encore faire sortir l'humble citoyen, reste encore son labeur. Sortir pour entrer en usine ou au bureau; entrer pour sortir au monde! Curieuse appétence de l'hyperactivité qui n'imagine pas qu'on puisse rentrer... pour ne rien faire, musarder ou méditer! Curieuse époque, décidément!
Nous avions déjà perdu le temps, voici que nous avons égaré l'espace.
1 Libération du 27 novembre 06
Petit événement sans importance que cette inauguration! Un petit mieux pour la pollution; un petit moins pour la voiture, un petit plus pour la forfanterie politique. Juste un sourire devant la fierté de cette modernité qui ne parvient à inventer l'avenir qu'en restaurant l'ancien. J'ai vu, petit, mourir 2 le tram à Strasbourg; je le vois renaître ici! Dans les deux cas, le même éloge du nouveau, du moderne, du progrès! Les mêmes mots pour dire des choses contradictoires, mais peut-être les mêmes mots pour dire ce qui finalement, de paradoxal, revient au même. En ces temps curieux où les mots se saisissent autant que trahissent, en ces temps où, systématiquement, réforme équivaut à régression, où chaque initiative se solde par un retrait, où la parole se réverbère d'autant plus aisément dans les canaux électroniques qu'en réalité elle reste blanche, ou convenue; en ces temps où l'on nous demande de participer, de collaborer ... pour mieux approuver ce qui fut déjà décidé, où, du reste, elle ne sera entendue que pour autant qu'elle soit audible, c'est-à-dire compassée, oui, peut-être, tout se mélange-t-il si obsurément que rien ne ressemblerait plus à rien. Figure de la cécité que de ne pouvoir plus distinguer d'entre le passé et l'avenir! figure de l'impuissance que de ne pouvoir plus rien instiller qui fût nouveau sans qu'immédiatement cela revînt à une forme archaïque; figure désespérante comme si nous étions enfermés par les trabans de notre propre forfaiture! Rien de nouveau sous le soleil, décidément! Alors d'entre l'Ecclésiaste ou Héraclite, faut-il véritablement choisir? Si, tragiquement, ces deux modèles si finement opposés, n'étaient que les deux faces, infrangibles, d'une même réalité? Y a-t-il tant de différences que cela entre ce temps qui se retourne sur lui-même, et cette scansion linéaire qui se persuade de progresser pour décidément ne savoir plus rien inventer qui ne réplique l'ancien. Serait-ce à dire que nous n'eussions nul avenir désormais, ou que jamais nous n'en aurions eu? Serait-ce à avouer que marcher ou se tenir coi seraient tout un? J'y vois, j'en redoute, la figure même sinon du tragique, du moins de l'impuissance. Tout sauf réjouissant!
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1 Le Monde du 16 décembre 25006
2 Motrice De Dietrich à Neuhof-Forêt, le 1er mai 1960, lors de la "célébration" de la fin des tramways à Stra
| Il n'est qu'à entendre son discours : l'inflation des heureux, espoir, formidable, j'aime beaucoup, le dispute à peine à l'anaphore des défis et autres je veux. Home du centre, il ne peux ni tout à fait sombrer dans l'angélisme royal, ni seulement exciper d'une puissance dont il serait l'incarnation volontaire! Synthèse des deux, tout en nuance, cet homme est la figure éponyme du pastel! Regardons-le: ce rosâtre un peu honteux (de l'arrière-plan comme de la cravate), figure à peine refoulée de Royal, ce gris moiré du costume, totem sévère de la sérieuse gravité du bourgeois installé, tentent l'impossible alchimie, osent le grand oeuvre! Si les signes ont un sens, cet homme-ci nous prépare l'union nationale! Les missions qu'ils rappellent devoir être celles de l'État, ne sont rien moins que celles régaliennes auxquelles nous sommes accoutumées. Lui ne rompt avec rien: il désire seulement que l'État revienne dans ses terres et s'occupe de ses peuples. Il y a du légitimisme chez cet homme-ci: à l'automne 88, il rédige son propre cahier de doléance! Il n'imagine pas une seule seconde que l'État pût, dût être épuisé. Mal conseillé, mal dirigé, il se fourvoie, certes, mais un solide bon sens (retrouvé des archives giscardiennes de 78) et une sereine dose de volonté devrait suffire à lui faire retrouver les couleurs de sa splendeur passée. Cet homme joue la république quand Le Pen joue le grand soir, et Royal la vérité pure sous la sincérité un peu niaise de son sourire. Tout se passe comme-ci, coincé par l'étroitesse obligée de ce centre où il se cloître, Bayrou ne pouvait exister qu'en en appelant à tous, ceux-ci même auxquels il se refuse. S'il est bien l'autre tiers, lui, en revanche n'est ni le tiers exclu, ni le tiers inclus; mais le tiers reclus! Sa chance, ou sa perte, réside en ceci précisément: entre la violence négatrice de l'un, la rage hyperactive de l'autre, et la vacuité supposée de la troisième, s'ouvre un boulevard pour tous ceux qui répugnent à la haine négatrice, à la promesse creuse ou à la vêture chic et choc, policée mais surannée, faussement novatrice mais furieusement moraliste! Mais ce boulevard cessera d'être une impasse que si les trois autres épuisent leurs charmes. C'est à partir de février que ceci se jouera, vraisemblablement! En attendant, il attendra! A l'affût des haruspices qui dénicheront dans les entrailles des bonimenteurs l'espérance du pastel!
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1 discours de Bayrou Bron 19 dec 06
Une campagne est affaire de guerre et de campement. Aux offensives où les soldats partent à l'assaut, succèdent des trêves, ou bien encore des rotations où des troupes fraîches relaient celles qui rejoignent pour un temps leur campement.
Il est de bonne tactique de fourbir ses armes, d'haranguer ses troupes avant l'assaut.
Ici on file une métaphore; désastreuse!
Pas assez protestante pour revendiquer l'austérité, mais assez pieuse pour en appeler à la rigueur et au sérieux! Juste ce qu'il faut de componction pour que le militant soit quasi-évangélique.
Les missionnaires vont s'égayer aux quatre vents, porter la bonne parole sur les chemins. Je ne sais de quel message celle-là se croit porteuse, je sais juste qu'on quitte ici définitivement le politique! Cette femme veut donner de l'âme, de la vérité et de la pureté à sa croisade! Elle a la trempe d'un Joachim de Flore, l'entêtement d'une hérétique, aura-t-elle le destin d'un apostat?
Ce n'est pas un raisonnement, encore moins une analyse, juste une funeste analogie, une horrible association d'images.
Subitement les images se télescopent ... un abominable goût de cendre.
Je n'aime pas qu'on mobilise les enfants.
La cause, ici n'est pas honteuse; mais la démarche, pour faire simple, ou - pire - peuple, pour s'approcher des gens, comme on dit aujourd'hui, hésite entre la vulgarité, la démagogie et le purisme.
Voici sans doute ce qui horripile. Dans cette vergogne insensée, s'instille quelque chose de l'ordre moral; pire encore d'un appel à la pureté.
Et tout cela avec la béatitude affichée d'un sourire accompli!
Jaurès, réveille-toi, ils sont devenus fous!

Tout y est de l'unique posture que Le Pen peut prendre dans cette campagne. Autant Bayrou est contraint d'investir l'entre-deux, de critiquer les deux pôles géographiques pour exister, mais de les comprendre et donc de les mieux réunir dans un siège qui a quelque chose à voir avec l'episthmh1, autant Le Pen, quant à lui, s'il doit naturellement s'adresser à tous, sur un slogan qui concerne tout le monde, ne le peut faire qu'en excluant.
En excluant l'établissement, comme il dit, synonyme curieusement francisé de l'objet même de sa rancoeur, en fustigeant cette oligarchie honnie qui l'aura précisément et soigneusement rejeté de toute responsabilité publique, il se place, certes, résolument dans une campagne de 1e tour, contrairement à d'autres qui semblent commettre la même erreur que Jospin en 2002 de tenir pour nulle la campagne du 1e tour pour rassembler d'emblée, .mais surtout il prend le risque d'un discours négatif qui l'exclut lui-même du débat, en tout cas du second tour, puisqu'il revêt la fripe d'une Cassandre 2 qui d'ailleurs, prophétise la catastrophe, sans véritablement ouvrir de perspective. Le Pen, à sa manière, est une figure logique: il est le tiers exclu ... un tiers qui ne demande qu'à rentrer, mais qui, pour le moment reste absent, invisible, n'était la mention de son nom, en bas, à droite des affiches.
Le Pen exclu, est aussi celui qui exclut: avec le renvoi dos à dos des deux protagonistes principaux, il tente de réinventer la seule posture qui lui convienne: celle du deus ex machina.
On aura beaucoup glosé sur cette stratégie attrape-tout qui lui ferait s'adresser même à la petite beurette: l'essentiel n'est pas là, tout au plus y a-t-il à repérer sous ces clichés, la représentation insensée qu'il se fait de la France et des Français. Non ! l'essentiel réside plutôt dans cette extériorité revendiquée où il veut implicitement jouer sa supériorité, voire sa transcendance.
Deux métaphores implicites essaiment le discours:
celle du jeu d'abord: le pouce baissé ne peut pas ne pas renvoyer aux jeux des gladiateurs antiques . A l'écart du réel, dans l'enceinte du cirque, sur le sable souillé de l'arène, devant le peuple assemblé qui en oublie les turpitudes d'un quotidien insupportable, les lutteurs réalisent la promesse d'un exutoire infaillible. Mais le jeu est chose sérieuse,il a partie liée avec le théâtre, la théorie et le divin 3
La violence du propos, la rancoeur explicitée n'est pas un accident de parcours: elle fait partie intégrante d'un processus qui ne peut fonctionner que s'il canalise en la mettant en scène cette violence en son excès même. D'une certaine manière Le Pen est certainement celui des candidats qui a le mieux compris la logique sacrificielle d'une présidentielle au suffrage universel. La nation se rassemble sur la dépouille du sortant et ce sera la ressemblance même de ses rancoeurs et violences entrecroisées qui permet au peuple de se réunir autour de la représentation même . Sans doute a-t-il pris toute la mesure aussi de la crise de cette transcendance, pour en être lui-même sinon la cause tout au moins le symbole. Quand la mécanique ne marche plus, ne transpirent plus que les médiocres conflits d'intérêts et d'ambitions personnelles . Le Pen se veut en sauveur en ceci qu'il restaure quelque chose de la transcendance perdue: c'est pour ceci aussi qu'il est absent
la déréalisation ensuite: a-t-on assez remarqué que si les différents personnages sont devant, certes, mais en couleurs, en revanche l'arrière-plan lui est toujours grisé. Il est le signe même de l'échec, de ce qui fut cassé (du réseau ferré toujours en grève, aux commerces tagés suggérant délinquance et insécurité ). Ce qui se joue ici n'est pas le réel, mais la représentation du réel: l'heure n'est pas à l'action, pas encore, mais à la parole. Ce qui s'enclenche ici c'est simplement une révélation, une apocalypse et seule devra compter le face à face entre celui qui au dehors de la machine tend la main à ceux qui s'empêtrent dans le maelstrom glauque d'une réalité ratée, brisée, cassée. Epopée eschatologique qui ne peut s'embarrasser de détails, ou de justesse; ni s'empêtrer d'oxymores jésuitiques sur une rupture tranquille, parce qu'elle est l'essence même de la révolution, du refus. Ces différents acteurs ne ressemblent à rien, mais se ressemblent et rassemblent donc par le geste identique, la moue boudeuse - tranchant abruptement avec le sourire angélique exhibé par Royal et souhaité pour tout meeting - comme s'il n'était d'espérance que par le malheur affiché. Se réinvente ici - à l'envers - la mystique du grand soir: c'est à tous les matins du monde que nous convie le grand parasite. Parions que les prochaines affiches se joueront de la couleur. Il ne nous promet rien, il se contente de pointer la grisaille: il n'annonce rien, et n'a presque pas besoin d'énoncer. Il est la Parole de lumière, la promesse de l'aube!